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mardi, 30 mai 2017
Question: êtes-vous plus en sécurité dans un VUS ou dans une voiture compacte? La réponse, qu'on l'aime ou pas, est que les véhicules actuellement les plus sécuritaires sont les utilitaires - loin devant les camionnettes.
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Il n’y a pas si longtemps…

Il n’y a pas si longtemps, les utilitaires avaient tous les torts: gros, gourmands, plus susceptibles que d’autres véhicules d’entrer en tonneaux qui tuaient leurs occupants… Mais avec l’évolution de la technologie, les VUS sont devenus les véhicules de tourisme les plus sécuritaires de la route.

Bien davantage que les voitures, évidemment. Car les lois de la physique sont ce qu’elles sont: plus le véhicule est gros, mieux il protégera ses occupants lors d’une collision.

Et c’est logique: la conception structurelle des (plus) gros véhicules absorbe davantage et redistribue mieux l’énergie d’un choc que ne le fait celle des véhicules de plus petites dimensions. Du coup, l’impact, si impact il y a, est réduit d’autant pour les occupants.

Aussi, la plus haute garde au sol des utilitaires, en plus d’accorder à leur conducteur une meilleure vision périphérique sur les environs, place un éventuel point de collision à un niveau supérieur. Lors d’un accident avec une automobile, même une grande voiture de poids similaire à celui d’un utilitaire, c’est ce dernier qui protégera mieux ses passagers.

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L’ESC, ce sauveur de vies

Certes, il n’y a pas si longtemps, on aurait dû apporter un bémol quant à ces utilitaires hauts sur pattes, plus susceptibles que n’importe quel autre véhicule de capoter.

De fait, au tournant du nouveau millénaire, les deux tiers des occupants d’un véhicule qui décédaient dans des renversements (rollovers) le faisaient à bord d’un utilitaire, dit l’américaine Insurance Institute Highway for Safety. (Si aucune autre mention n’est faite, toutes les statistiques de ce reportage proviennent de l’IIHS).

Mais c’était avant la démocratisation des rideaux gonflables latéraux et, surtout, du système de contrôle électronique de la stabilité (ESC pour electronic stability control ou, selon la désignation que veulent bien lui donner les constructeurs: ESP, DSC, PSM, VSA, VDC…).

Depuis le début des années 2000, les experts en sécurité routière sont unanimes à vanter les mérites du contrôle électronique de stabilité. Il a même été dit que, depuis l’invention de la ceinture, puis des freins ABS, aucun autre dispositif n’avait autant fait pour la sécurité des passagers.

L’américaine National Highway Traffic Safety Administration a démontré que l’ESC sauve, lorsque les véhicules en sont munis, le tiers des vies chez les occupants de voitures, voire les deux tiers chez les occupants d’utilitaires.

Si le système de stabilité est si efficace pour ces derniers véhicules, c’est qu’il ajoute des capteurs détectant le dérapage latéral, réduisant substantiellement les risques de capotage. Il n’en fallait pas plus pour que les autorités rendent obligatoire ledit ESC, qui est devenu de série à partir de l’année-modèle 2012 pour tous les véhicules nord-américains neufs.

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Finis, les capotages!

Depuis, les statistiques parlent d’elles-mêmes, à commencer par celles de l’IIHS, qui sont colligées auprès du US Department of Transportation et du Profil national (américain) de la population automobile de la firme Polk.

Et une constante demeure: qu’on triture les chiffres d’un côté ou de l’autre, les conducteurs et passagers se tuent moins, aujourd’hui, dans un utilitaire que dans tout autre type de véhicules.

«Autrefois, les risques de capotage l’emportaient sur la sécurité que pouvaient assurer la taille et le poids des VUS, mais ce n’est définitivement plus le cas, soutient Dr. Anne McCartt, vice-présidente à la recherche pour l’IIHS. Grâce au ESC, les utilitaires enregistrent aujourd’hui le plus faible ratio de décès des conducteurs, tous types de véhicules confondus.»

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Conducteur pour conducteur…

Voyons plus précisément de quoi il en retourne. Et la meilleure façon de comparer des pommes avec des pommes est de tenir compte uniquement des conducteurs, non pas de l’ensemble des occupants d’un véhicule. (Après tout, les VUS à trois rangées hébergent davantage de passagers que les voitures et les camionnettes.)

Voyez, dans notre tableau ci-dessous, comment les utilitaires étaient plus «mortels» pour leurs conducteurs dans les années 1980 que les voitures – mais moins que les camionnettes, notez bien.

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Dans les années 1990, et contrairement à la tendance populaire que le scandale Ford Explorer/Firestone est sûrement venu alimenter, le ratio de décès par million d’utilitaires immatriculés s’est installé à quelque cheveux sous celui des voitures. (Là encore, notez que ce sont les camionnettes qui faisaient le plus de victimes.)

L’une des explications sous-jacentes à cette amélioration pour les VUS, cette décennie-là, se retrouve dans la démocratisation des coussins gonflables frontaux, qui sont d’ailleurs devenus obligatoires en 1998. D’ailleurs, selon les experts, ils ont sauvé le tiers des vies chez les conducteurs. (Mieux encore: les coussins latéraux ont sauvé la vie d’un conducteur d’utilitaire sur deux, disent les chercheurs en sécurité routière.)

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L’écart en faveur des utilitaires a indéniablement continué de se creuser avec les années 2000. D’une part, plusieurs modèles de VUS ont délaissé leur plateforme de camion ou de camionnette, pour emprunter leurs gènes du côté des automobiles. Pareille architecture leur a accordé un centre de gravité plus bas et, donc, la (plus grande) stabilité des voitures.

D’autre part, et surtout, ils ont été les premiers à massivement bénéficier de l’ESC. Le système de stabilité étant devenu de série en 2012, la dernière période analysée (2010-2015) montre, pour les utilitaires, la plus magistrale des améliorations – 69% – jamais consignée par l’IIHS en quatre décennies de statistiques. C’est d’ailleurs ce que les experts avaient prédit avec la démocratisation du dispositif de sécurité.

Un autre facteur est venu renforcer – c’est le cas de le dire – l’avantage des utilitaires: en 2009, l’IIHS a instauré un test de collision mettant à l’épreuve la résistance des toits automobiles. Sans surprise, les constructeurs ont modifié leurs véhicules afin qu’ils réussissent l’épreuve – et les plus grands bénéficiaires ont été les utilitaires, historiquement plus susceptibles de capoter et de se retrouver les quatre fers en l’air.

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Encore et toujours les utilitaires…

Conducteur pour conducteur, donc, ce sont les utilitaires qui sont aujourd’hui les plus sécuritaires sur la route – et de loin, avec un ratio de décès deux fois et demie moindre que pour les voitures… et que pour les camionnettes.

Plus précisément – et plus frappant encore: les conducteurs d’utilitaires se sont tués 15 fois moins en 2015 qu’en 1980, contre quatre fois moins que les conducteurs de voiture et six fois moins que les conducteurs de camionnette.

De fait, de tous les conducteurs décédés en 2015 aux États-Unis, 58% étaient au volant d’une voiture, 21% au volant d’une camionnette et 19% au volant d’un utilitaire.

… qu’importe les types d’accidents

On peut jouer davantage avec les statistiques de 2015 de l’IIHS (les plus récentes). Ainsi, lorsqu’on subdivise le ratio de décès des conducteurs par million de véhicules immatriculés dans des collisions n’impliquant qu’un seul véhicule, ce sont les utilitaires qui deux fois mieux que les voitures et que les camionnettes.

Plusieurs véhicules sont impliqués dans l’accident? Ce sont les utilitaires qui se montrent deux fois plus sécuritaires pour leur conducteur.

Lors d’une collision frontale? Lors d’un impact latéral? D’un impact à l’arrière? Ce sont encore et toujours les utilitaires d’aujourd’hui qui enregistrent le plus faible ratio de décès parmi leurs conducteurs – jusqu’à trois fois que pour les voitures ou les camionnettes.

Même chose pour les accidents avec capotage n’impliquant qu’un seul véhicule (trois fois sur quatre, les accidents avec capotage n’impliquent d’ailleurs qu’un seul véhicule).

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Certes, dans les années 1980, ce type de collision constituait la plus grande faiblesse des utilitaires, avec trois fois et demie plus de conducteurs décédés au volant d’un VUS que d’une voiture.

Dans les années 1990, encore deux fois plus de conducteurs se tuaient en pareilles circonstances à bord d’utilitaires que de voitures. Et même à la dernière décennie, pour ce type d’accidents, les utilitaires étaient légèrement plus mortels avec 26 conducteurs décédés par million d’unités enregistrées, versus 17 décès par million de voitures immatriculés.

Mais là encore, les utilitaires d’aujourd’hui font désormais mieux que tout autre type de véhicules: durant la période 2010-2015, deux fois moins de conducteurs d’utilitaires que de conducteurs de voitures (ou de camionnettes!) ont trouvé la mort dans des renversements «solitaires».

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Zéro décès? Encore une fois, devinez qui…

Il y a une décennie, aucun modèle de véhicules ne pouvait se vanter d’un ratio parfait de zéro conducteurs décédés pour chaque million d’unités immatriculées. Mais lorsque l’IIHS étudie les performances sécuritaires des véhicules sur cinq ans (donc, ceux d’année-modèle 2011), neuf véhicules peuvent se targuer de la chose…

… et les deux tiers sont des utilitaires: Kia Sorento, Lexus RX 350, Mercedes-Benz GL, Toyota Highlander Hybrid, Toyota Sequoia et Volvo XC90.

Notez qu’aucune camionnette ne figure à cet enviable palmarès… De même, les trois seuls véhicules qui enregistrent au-delà de 100 conducteurs décédés par million d’exemplaires immatriculés sont trois petites voitures: Kia Rio (149), Nissan Versa berline (130) et Hyundai Accent (120).

De fait, les dix «pires» véhicules sont toutes des (petites) voitures, à l’exception d’une sportive (la Chevrolet Camaro) et d’une… camionnette (Chevrolet Silverado).

Copyright © 2015 Nadine Filion. Tous droits r�serv�s.